samedi 15 mai 2010

Par amour de ce monde


               Nous sommes dans le temps si caractéristique qui sépare l’Ascension de la Pentecôte. Ce temps où les disciples ne savent plus trop vers où regarder. Leur réflexe bien naturel est de chercher vers le ciel puisque c’est par là que Jésus est parti. Ils sont enfermés chez eux et il leur faudra 10 jours pour oser sortir et regarder enfin vers le monde ; 10 jours pour passer de la crainte du monde qui les entoure à la confiance.

               Ce que les disciples ont vécu pendant ces 10 jours ressemble terriblement à ce que nous vivons depuis 2000 ans. Nous sommes sans cesse tiraillés entre ces deux mouvements. Au long de son histoire, notre Eglise a parfois été prise par ce réflexe de repli sur elle-même par peur du monde : dans sa tour d’ivoire on ne risque plus de se compromettre. Mais tout au long de son histoire, notre Eglise a aussi été secouée par des hommes et des femmes de Dieu rappelant à tous que Jésus appelle ses disciples à sortir et les envoie dans le monde.

Lorsque nous avons tendance à regarder le monde en ennemi, un monde dont nous devrions systématiquement nous démarquer pour ne pas nous salir, il peut être bon de nous rappeler que c’est par amour de ce monde que Dieu s’est fait homme ; c’est par amour de ceux qui l’ont livré que Jésus a donné sa vie ; c’est par amour des pécheurs qu’il s’est compromis en s’invitant à leurs tables et en partageant leur vie.

On nous renvoie parfois l’image d’une Eglise qui se contenterait de condamner du haut de sa superbe ; d’une Eglise qui se considérerait comme un îlot de sainteté au milieu d’un monde en perdition ; d’une Eglise qui sous prétexte de s’adresser à Dieu se garderait d’apprendre à parler la langue des hommes. Mais nous savons, nous, que notre Eglise est autre chose. Elle est celle qui, à l’image de son Seigneur, se fait proche des pécheurs et des mécréants pour leur dire en acte l’amour de Dieu ; celle qui n’a pas peur de se compromettre pour rejoindre et accompagner toute détresse humaine ; celle qui prend le temps d’écouter et de comprendre pour reconnaître ce qu’il y a de bon et de juste en tout homme.

C’était bien-là l’enjeu essentiel du Concile Vatican II. C’est ce rapport-là de l’Eglise au monde qu’il a tenté d’actualiser. Il nous faut entendre à nouveau ce que l’ange disait aux disciples au jour de l’Ascension : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? ». Ce n’est pas vers le ciel qu’il nous faut regarder. C’est vers le monde, vers les hommes auxquels notre Dieu s’est mêlé pour toujours. C’est là qu’Il nous attend et qu’Il se donne à rencontrer.

 P. Pierre Alain LEJEUNE

 

mercredi 12 mai 2010

"Comme il les bénissait, il se sépara d'eux et fut emporté au ciel".


"Comme il les bénissait, il se sépara d'eux et fut emporté au ciel".

La description de la fête de l'Ascension par l'évangéliste est des plus discrètes. Le fait est annoncé, très peu de détails sont donnés en pâture à notre curiosité toujours avide de sensationnel. L'auteur des Actes des Apôtres rajoutera simplement, comme pour épaissir le mystère, une nuée qui le fait disparaître aux regards de ses disciples en attente.

Séparation, disparition, des mots qui évoquent dans nos existences des évènements la plupart du temps douloureux, séparation dans nos familles, disparitions de l'être cher, séparation entre les peuples, absence des êtres chers, rupture de liens directs. Nos existences sont ainsi souvent passées au creuset de la mort sous bien des formes.

Le livre des Actes nous dit aussi ce qui habite le cœur des disciples. "Est-ce bien maintenant Seigneur, le temps où tu vas rétablir le Royaume pour Israël".

A travers ces mots, s'exprime une espérance forte pour maintenant, une espérance de libération du joug romain, pour ces hommes blessés dans leur fierté, dans leur bien, dans leur liberté, espérance d'une justice telle que les prophètes n'ont cessé de l'annoncer comme un droit pour la veuve et l'orphelin, une espérance d'être chez soi sur sa terre, une espérance de disposer de ses biens, de tout ce qu'on a reçu en héritage, une espérance d'un bonheur, d'un équilibre pour maintenant, pour aujourd'hui, une espérance où la vie sera plus légère, plus belle, est-ce maintenant Seigneur ? Pour moi, pour nous, la fin de nos soucis. Séparation, disparition, telle est la manière de Jésus de répondre dans les faits.

Ce qui est étonnant, c'est que loin de produire la tristesse, l'ascension de Jésus met au cœur de ses disciples trois sentiments plus précieux que toutes les sécurités pour aujourd'hui. Trois sentiments beaucoup plus porteurs de vie que toutes les restaurations pour aujourd'hui.

L'attente, la joie, la bénédiction.

"Vous allez recevoir une force". La disparition de Jésus, son retour auprès du Père, c'est pour être avec chacun d'entre nous jusqu'à la consommation des siècles, s'il disparaît aux yeux de l'histoire, c'est pour être davantage mêlé à l'histoire de chacun d'entre nous, à notre histoire collective. Il doit quitter les routes de la Galilée pour pouvoir être sur tous les chemins des hommes. "Il est bon pour vous que je m'en aille" avait-il déjà annoncé.

Nous voudrions le garder, mais son désir est d'être avec chacun.

Extraordinaire manière d'aimer, se séparer pour être davantage présent à tous et à chacun. Mais déjà, aux premiers jours de création, c'est en séparant le sable et l'eau, c'est en distinguant l'homme et la femme, c'est en délimitant le jour et la nuit qu'il fit le monde et qu'il nous donna le jour.

Cette manière d'aimer met au cœur des disciples la joie, joie de la vie plus forte que la mort, joie de la vie commune, de l'être ensemble, joie de ce qu'on devient, de ce qu'on nous donne beaucoup plus que joie de posséder. Joie qui a traversé la peur d'avoir raté, la honte de l'échec, l'enfermement.

Joie qui fait naître en son cœur des paroles de bénédiction. "Comme il les bénissait, il se sépara d'eux et ils étaient sans cesse dans le temple à bénir Dieu".

Marque essentielle de la prière chrétienne, de la prière de Jésus, qui dit d'abord le bien que Dieu fait, le bien que Dieu veut, le bien que nous sommes appelés à accomplir. Une prière qui nous fait du bien puisqu'elle est centrée sur la bonté de Dieu.

Vous allez recevoir la puissance du Saint Esprit qui sera sur vous. Vous serez alors mes témoins. Témoins de cette présence pour tous, témoin de la joie, de la bénédiction.

Supplions l'Esprit de venir faire en nous cette œuvre. "Viens Esprit du Père et du Fils, viens en nos cœurs, lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé. Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rend droit ce qui est faussé ! Oui, viens dans le cœur de tout homme de bonne volonté pour faire advenir en notre monde l'amour entre les personnes, dans les familles et les peuples".

samedi 1 mai 2010

Copyright

Certains d’entre vous ont sans doute été horrifiés, tout comme moi, par l’émission diffusée mardi soir sur France 2 : un reportage faisait état de l’étrange connivence entre la paroisse St Eloi et les pires réseaux de l’extrême droite où la haine n’a d’égal que la bêtise. Pire encore, où le nom de Jésus-Christ sert d’alibi pour justifier les pires violences.

En découvrant cela, nous aimerions que le nom de « catholique » ne soit pas utilisé à la légère ; que le mot de « chrétien » soit réservé à ceux qui vivent du Christ. Hélas, depuis 2000 ans, il n’existe pas de copyright sur ces noms et n’importe quel illuminé peut se dire « catholique ».

Il n’existe peut-être pas copyright mais l’Evangile de ce dimanche nous donne tout de même un critère de discernement pour user du nom de « chrétien » :

« Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres ».

Voilà un verset que ces individus semblent n’avoir jamais entendu (comme beaucoup d’autres d’ailleurs…). A la lumière de ce critère donné par Jésus lui-même, il appartient à chacun de discerner ce qui est du Christ et ce qui ne l’est pas. Il est des choix politiques, des visions du monde et de l’homme qui ne seront jamais fidèles à l’Evangile. Ce qui méprise l’homme, quel qu’il soit, n’est pas du Christ.

Comme vous, je souffre de voir des personnes se disant « catholiques » se comporter en ennemis de la foi. Car il ne faut pas se tromper : les pires ennemis de l’Eglise ne sont pas ceux qui la combattent du dehors ; le plus grand danger pour la foi chrétienne ce n’est pas l’athéisme militant. Le pire ennemi du Christ c’est celui qui, tel Juda, fait acte de soumission pour mieux tromper son maître ; celui qui, en bon pharisien, accomplit toutes les prescriptions rituelles pour mieux asservir Dieu à ses propres desseins ; celui qui, aveuglé par son idéologie et sa peur de l’autre, utilise le nom de Dieu comme une arme pour justifier ses propres idées. Celui qui use à l’envi du nom de « chrétien » mais refuse de passer par la porte étroite du premier des commandement.

Pourtant, je sais que Jésus Christ a vaincu toutes ces puissances de haine et de violence par la fragilité de l’amour, sur une croix. Et je sais que sa victoire est éternelle. Que le commandement de l’amour qu’il nous laisse comme unique testament éclaire nos paroles, nos actes et nos choix.

 P. Pierre Alain LEJEUNE

 

mardi 27 avril 2010

La "charge" du pasteur

             « Sois le pasteur de mes brebis ». Beaucoup aujourd’hui ont le sentiment que le « métier » de prêtre est peu enviable car le travail paraît trop lourd, l’agenda trop rempli et la charge trop écrasante. D’ailleurs, l’expression habituelle de « charge pastorale » semble confirmer ce sentiment de lourdeur.  Et les scandales surgis ces derniers mois du fait de crimes commis par des prêtres ne font qu’ajouter à la suspicion d’une vie qui serait peu épanouissante.

              Mais il ne faudrait pas oublier que, pour quelques prêtres qui ont trahi la confiance mise en eux, des milliers d’autres vivent leur ministère avec bonheur. C’est mon cas et j’avais envie le vous le dire.

Voilà presque huit ans que notre évêque m’a ordonné « pour servir et guider le peuple de Dieu sous la conduite de l’Esprit Saint ». Je peux vous assurer que depuis huit ans, pas un instant je n’ai regretté ce jour.

Le matin, je me lève souvent avec au cœur cette joie de savoir que je vais travailler, tout au long de la journée à la vigne du Seigneur. Aucun mot ne peut décrire cette joie de se savoir comptés parmi ses ouvriers.

 Plus les années passent et plus je découvre avec étonnement que cette  « charge » me porte ! C’est étrange une charge qui porte ; une charge qui allège le pas ! Lorsque je pars en montagne, je suis toujours très attentif au poids de mon sac à dos car je sais qu’un ou deux kilos en trop peuvent tout changer. Mais je crois que Dieu défie les lois de la pesanteur et je découvre avec bonheur que la charge pastorale qu’Il confie à ses prêtres, non seulement devient légère, mais plus encore qu’elle allège celui qui consent à la porter ! Comme un sac à dos gonflé à l’hélium en quelque sorte...

Ne dites pas que vos prêtres sont débordés, qu’ils ont trop de travail ou qu’ils n’ont jamais le temps. Car en disant cela, vous les rendez inaccessibles alors que leur mission est justement de signifier un Dieu accessible, un Dieu proche et disponible.

Bien entendu, je ne nie pas la fatigue qui est bien pesante certains soirs. Mais, au fond, cette fatigue n’atteint jamais le cœur et la raison d’être de mon ministère : la joie de servir le Serviteur de l’homme et le désir de configurer ma vie à son Eucharistie.

Alors merci à vous d’être la charge que Dieu me confie ; merci d’alléger ma marche sur le chemin où Il me mène.

 P. Pierre Alain LEJEUNE