jeudi 18 septembre 2014

Changer de regard

               Après un été à la météo plutôt capricieuse, le soleil s’est enfin mis à briller à partir du 1er septembre. Soudainement. Insolemment. Qui parmi nous n’a pas éprouvé de l’agacement voire une pointe de jalousie pour ceux qui commençaient leurs vacances au moment où nous reprenions le chemin du travail ?  «Ce n’est pas juste ! Pourquoi ont-ils la chance que je n’ai pas eue ?  »
              Qu’il est difficile de se réjouir du bonheur des autres ! Qu’il nous est difficile d’éprouver une vraie joie pour les autres ! C’est exactement à cela que nous invite la parabole des ouvriers de la dernière heure. Dans cette histoire, ceux qui ont travaillé depuis le matin ont reçu le salaire qui leur était promis dès le départ. Pourtant, ils vont exiger plus, au motif que les ouvriers qui n’ont travaillé qu’une heure reçoivent le même salaire qu’eux. Leur raisonnement est logique, humain ; trop humain… Mais les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées. Sa justice n’est pas notre justice.
Par cette parabole, Jésus nous appelle à changer de regard. A cesser de regarder l’autre en se regardant soi-même. « Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? ». Le péché est souvent une question de regard ; de manière de regarder. La convoitise, c’est le désir immodéré de posséder ce qui est à l’autre. Et la convoitise me rend aveugle : elle me rend incapable de me réjouir de ce que j’ai, de ce que je suis. Tout est dans le regard : le regard que je pose sur l’autre ; le regard que je pose sur moi-même.
Dans cette conversion du regard à laquelle nous invite l’Evangile réside, il me semble, l’une des plus grandes clés du bonheur tant il vrai qu’une grande part de nos souffrances vient de ce que nous ne savons pas nous réjouir de ce que nous sommes.
D’ailleurs notre société de consommation repose sur ce mécanisme pervers qui nous fait continuellement croire que nous pouvons être quelqu’un d’autre que celui que nous sommes, que nous pouvons posséder toujours autre chose, avoir toujours plus. Comme si notre bonheur dépendait de ce « toujours plus » alors qu’en réalité, il s’agit d’abord consentir à ce que nous sommes, de redécouvrir la joie d’être ce que Dieu nous donne d’être.
Se réjouir de ce qu’est l’autre, de ce qu’il fait de beau, de ce qu’il vit de grand. Se réjouir de ce que je suis, de ce que Dieu m’a donné. Retrouver la joie en laissant Dieu m’ouvrir les yeux. M’accueillir tel que je suis. Cesser de convoiter. Vivre enfin ! 
P. Pierre Alain LEJEUNE


mercredi 28 mai 2014

Que veut dire cette fête de la disparition du Christ, de son Ascension ?



Les apparitions du ressuscité comportent toutes les mêmes éléments : chaque fois le Christ apparaît de manière inattendue ; chaque fois, c'est lui qui a l'initiative ; chaque fois la chose est si soudaine qu'on ne le reconnaît pas : on le prend pour un fantôme, un jardinier, un inconnu, chaque fois on nous parle du doute des disciples. Le corps du Christ ressuscité est étrange puisqu'il apparaît toutes portes étant closes et on ne reconnaît son corps qu'au moment où sa manifestation est reliée à des actes ou des paroles  d'avant la Pâques : il appelle par le nom comme avant, il permet la pêche miraculeuse comme avant. C'est bien le même : il a sur lui les plaies de la passion.
Dans l'épisode des disciples d'Emmaüs le Christ va être reconnu grâce à d'autres indices : l'explication des Écritures et la fraction du pain mais dès qu'il est reconnu vivant sa manifestation physique disparaît. Il y aura dans le nouveau testament une autre apparition du Christ ressuscité après la Pentecôte à Paul sur le chemin de Damas. La manifestation physique de la présence du Christ ne se fait ici que par une voix et une grande lumière ; une voix dans laquelle le Christ s'identifie aux chrétiens persécutés. Et Paul ne reconnaîtra pleinement le Christ que lorsque Ananie le baptisera : c'est à dire par son entrée  l'Église et le signe sacramentel qui l'accompagne ; à ce moment des écailles tomberont de yeux. Il n'y a plus à voir que l'Église : présence corporelle du Christ.
Les différents récits nous montrent un effacement progressif de la manifestation physique du Christ. Pourquoi cela ?
Après sa mort Jésus est apparu pendant un temps assez court mais suffisant pour que les apôtres découvrent que Jésus est  bien vivant ; c'est bien lui : sa manifestation physique sert d'indice, d'indicateur de cette présence qui se continue après la mort ; mais le plus important est cette présence : dés qu'elle est reconnue l'indice, l'apparition, le panneau indicateur disparaît. Il n'y a plus besoin du panneau indicateur puisque "Je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin des temps."
A chacun d'entre nous cette présence est accessible. Jésus est venu établir une relation nouvelle entre Dieu et l'homme, une nouvelle alliance, il est venu faire corps avec chacun d'entre nous et plus particulièrement avec ceux qui sont persécutés, avec les pauvres. Oui  il est bon qu'il s'en aille comme il le dit dans l'Evangile ; il est bon que son corps physique disparaisse pour qu'apparaisse cette extraordinaire nouvelle qu'il est avec chacun, qu'il est en chacun.

Jean ROUET

mardi 1 avril 2014

Des résultats attristants !!



Tel est mon sentiment après les élections municipales. Non parce que la droite l’emporte sur la gauche mais parce que le discours dominant n’a pas changé !
Dans les commentaires nombreux qui se succèdent dans nos machines à voir et à entendre, le centre des préoccupations n’est pratiquement jamais l’homme.
La finalité de tous les discours, de droite comme de gauche, c’est la croissance, la productivité, le rendement.

La croissance est d’abord économique et non humaine, l’emploi est productivité et non travail à la mesure de l’homme, le rendement il est financier et non de qualité humaine. L’homme qui est au centre des discours politiques est au service de la machine et non l’inverse.

Beaucoup s’étonne de l’augmentation de l’abstention, quel aveuglement sur l’augmentation de la désespérance ! Le politique a pour vocation de donner une espérance, de tracer un chemin nos politiques ne vous proposent que des chiffres et ceux-ci sont de plus en plus mauvais. On ne nous propose pas de vrais projets, on calcule les meilleures recettes. On ne fait pas de l’humain, on fait du chiffre !

Je fais totalement mien la prière du pape François dans la joie de l’Evangile au n°205 :


“Je demande à Dieu que s’accroisse le nombre d’hommes politiques capables d’entrer dans un authentique dialogue qui s’oriente efficacement pour soigner les racines profondes et non l’apparence des maux de notre monde ! La politique tant dénigrée, est une vocation très noble, elle est une des formes les plus précieuses de la charité, parce qu’elle cherche le bien commun. Nous devons nous convaincre que la charité « est le principe non seulement des micro-relations : rapports amicaux, familiaux, en petits groupes, mais également des macro-relations : rapports sociaux, économiques, politiques ». Je prie le Seigneur qu’il nous offre davantage d’hommes politiques qui aient vraiment à cœur la société, le peuple, la vie des pauvres ! Il est indispensable que les gouvernants et le pouvoir financier lèvent les yeux et élargissent leurs perspectives, qu’ils fassent en sorte que tous les citoyens aient un travail digne, une instruction et une assistance sanitaire. Et pourquoi ne pas recourir à Dieu afin qu’il inspire leurs plans ? Je suis convaincu qu’à partir d’une ouverture à la transcendance pourrait naître une nouvelle mentalité politique et économique, qui aiderait à dépasser la dichotomie absolue entre économie et bien commun social.”

mardi 25 février 2014

Où va t-il donc s'arrêter ?

Quand on parle de François, le pape bien sûr, la plupart des gens font une grande inspiration et un large sourire comme si un souffle nouveau, un style nouveau nous donnait à tous de l'air et du soulagement. On a l'impression de respirer plus large et c'est un vrai repos dans ce temps où la mission nous sollicite si fortement. 
Les dernières décisions qu'il vient de prendre concernant les questions économiques sont une bonne nouvelle. Il s'inscrit dans la suite des premières mesures amorcées par Benoit XVI. Le Vatican a donc maintenant un ministère des finances en ligne directe avec le pape, il est appelé à remplacer les nombreux organes qui fonctionnaient souvent indépendamment les uns des autres. Voilà une véritable révolution tranquille pour mettre au service de la mission les moyens dont dispose le Saint Siège. Le lendemain de cette décision François s'adresse à toutes les familles pour leur confier dans la prière les deux prochains synodes car les familles sont les premières concernées par ce qui va s'y vivre et s'y décider. L'enquête préalable qui a circulé dans le monde entier a été une première pour inviter tous les catholiques à dire leur mot. Le sens de la foi vécue par le peuple de Dieu est un des éléments nécessaires à la réflexion des responsables de l'Eglise. Vraiment ce pape nous fait changer d'époque et l'Eglise-communion du dernier concile est de plus en plus une réalité. Quelle joie pour nous tous ! Mais où ce pape va t-il donc s'arrêter ?