lundi 6 octobre 2014

Célébration des 10 ans d’adoration perpétuelle au Sacré-Coeur de Bordeaux



Le pain de vie est offert à nos regards. L’acte par lequel le Christ a donné sa vie pour le salut du monde nous est présent éternellement. A nos yeux, est exposé son corps livré “pour nous et pour la multitude”. Le don de l’amour du Père est accessible à tous ceux et celles qui s’en approchent, il est aussi simple qu’en peu de pain aussi profond que le mystère de Dieu en tout temps. A chaque instant l’amour nous est offert en nourriture pour le salut du monde.
Ce que l’adoration eucharistique nous fait vivre en premier, c’est la contemplation de l’amour infini de notre Dieu dans l’histoire des hommes. Adorer c’est d’abord contempler. Contempler, c’est durer dans le regard, c’est se laisser impressionner par ce que l’on voit. Contempler, finalement, c’est s’attacher à être comme les apôtres.
La vie des apôtres est une vie toute entière sous le regard du Christ et dans le regard du Christ. La vie des apôtres est un apprentissage continuel de l’attitude de contemplation : trois ans dans la présence réelle et corporelle du verbe de Dieu, trois ans dans le compagnonnage du Fils Unique. Jean le baptiste le précurseur, celui qui pose son regard sur le Christ, se trouve établi par ce regard même comme compagnon de l’Epoux.
Les apôtres de la résurrection n’ont cessé d’annoncer la présence du Ressuscité à travers ce qu’ils avaient contemplé pendant les trois ans de sa vie publique et les évangiles nous exposent cette présence et le corps eucharistique du Christ est comme la mémoire vive de cette présence.
L’adoration eucharistique nos façonne pour que nous soyons des apôtres, des disciples du Seigneur Jésus. C’est pourquoi l’adoration fait de nous des suppliants, des intercesseurs, des hommes et des femmes qui, avec le Christ, présentent au Père dans le souffle de l’Esprit Saint le besoin de pain, le besoin de pardon, le besoin de délivrance de tous nos frères humains.
Nous contemplons le Christ pour intercéder avec lui “pour la gloire de Dieu et le salut du monde”. Cette phase est au cœur de nos eucharisties et introduit la prière eucharistique qui nous restitue, aujourd’hui, ce que le Christ a fait une fois pour toutes, à la croix. Adorer nous met donc avec le Christ afin de participer grâce à lui, avec lui, en lui au salut du monde.
Elle est longue la liste des pains qui manquent, des pardons qui manquent, des libérations qui manquent. Elle est longue la liste des affamés, des rejetés, des emprisonnés du mal.
Nous adorons pour aimer avec le Christ et votre église, la chapelle d’adoration doit bruisser de toutes ces présences car le Christ leur est présent.
En vos cœurs doit résonner la faim des hommes, la peur des hommes, les appels des hommes.
En votre prière vous rejoignez le cœur universel du Christ.
Enfin au cœur de la ville de Bordeaux vous portez le signe, nécessaire à notre témoignage commun, de l’unique nécessaire ainsi que Jésus le dit à Marthe en parlant de sa sœur Marie. L’unique nécessaire c’est ce regard premier dans nos vies du Seigneur Jésus. L’unique nécessaire c’est ce pain qui doit alimenter chaque jour de nos vies. L’unique nécessaire  c’est le Christ notre vie. Le Christ à l’origine de nos pensées, de nos actions, de nos intentions. Le Christ à l’origine de notre témoignage ecclésial et personnel. Le Christ la pierre angulaire sur laquelle tout repose.
Cette présence offerte ici jour et nuit à nos regards nous emplit de la Joie de l’Evangile.
« Vous criez de Joie pour le Seigneur adorer le Seigneur qui nous a fait ». (Psaume 94)

Jean ROUET

mercredi 1 octobre 2014

No in my name

Après les États Unis et l'Angleterre, l'horreur nous a atteint et beaucoup parlent désormais de guerre. La parole se veut plus forte, plus claire, plus décidée. Il est temps de ne plus confondre islam et terrorisme, il est temps de ne plus confondre liberté de penser et pouvoir dire n'importe quoi sur n’importe qui. Il est temps de ne plus confondre la cause de Dieu avec son propre intérêt. Il est temps de mettre la cause de l'homme avant le pétrole. Il est temps que tous les pays qui se réclament de l'islam comme religion officielle soient les premiers artisans de lutte contre les terroristes. On ne négocie pas avec celui qui veut nous tuer, on se défend.
Les risques sont redoutables.
L'Amérique ne doit pas être le gendarme du monde, les guerres précédentes ont montrées la nocivité de cette posture. Seule une solidarité entre les nations unies peut être porteuse d'un vrai sursaut pour les irakiens, syriens et autres peuples sous la férule de ces tyrans.
La peur peut nous gagner et nous inciter à nous recroqueviller. Comme d'habitude elle est mauvaise conseillère. Tout et tous sont sous le soupçon et ça devient invivable.
La haine peut nous contaminer comme un poison violent que certains réseaux entretiennent déjà avec une ferveur indécente.
Le désir de vengeance peut nous envahir comme une justice du œil pour œil et dent pour dent.
La seule route possible comprend approfondissement, prières des croyants, dialogue avec tous les hommes de bonne volonté et réalisme sur la capacité de nuisance des adversaires.
Tous les jeudis à 17h15, la célébration à Notre Dame est à cette intention. Sur le site internet du diocèse vous trouverez des témoignages, des intentions de prières et des appels au secours de nos frères d’Irak. Agissons ensemble pour comprendre, secourir, prier et travailler à la paix.

Jean ROUET

jeudi 18 septembre 2014

Changer de regard

               Après un été à la météo plutôt capricieuse, le soleil s’est enfin mis à briller à partir du 1er septembre. Soudainement. Insolemment. Qui parmi nous n’a pas éprouvé de l’agacement voire une pointe de jalousie pour ceux qui commençaient leurs vacances au moment où nous reprenions le chemin du travail ?  «Ce n’est pas juste ! Pourquoi ont-ils la chance que je n’ai pas eue ?  »
              Qu’il est difficile de se réjouir du bonheur des autres ! Qu’il nous est difficile d’éprouver une vraie joie pour les autres ! C’est exactement à cela que nous invite la parabole des ouvriers de la dernière heure. Dans cette histoire, ceux qui ont travaillé depuis le matin ont reçu le salaire qui leur était promis dès le départ. Pourtant, ils vont exiger plus, au motif que les ouvriers qui n’ont travaillé qu’une heure reçoivent le même salaire qu’eux. Leur raisonnement est logique, humain ; trop humain… Mais les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées. Sa justice n’est pas notre justice.
Par cette parabole, Jésus nous appelle à changer de regard. A cesser de regarder l’autre en se regardant soi-même. « Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? ». Le péché est souvent une question de regard ; de manière de regarder. La convoitise, c’est le désir immodéré de posséder ce qui est à l’autre. Et la convoitise me rend aveugle : elle me rend incapable de me réjouir de ce que j’ai, de ce que je suis. Tout est dans le regard : le regard que je pose sur l’autre ; le regard que je pose sur moi-même.
Dans cette conversion du regard à laquelle nous invite l’Evangile réside, il me semble, l’une des plus grandes clés du bonheur tant il vrai qu’une grande part de nos souffrances vient de ce que nous ne savons pas nous réjouir de ce que nous sommes.
D’ailleurs notre société de consommation repose sur ce mécanisme pervers qui nous fait continuellement croire que nous pouvons être quelqu’un d’autre que celui que nous sommes, que nous pouvons posséder toujours autre chose, avoir toujours plus. Comme si notre bonheur dépendait de ce « toujours plus » alors qu’en réalité, il s’agit d’abord consentir à ce que nous sommes, de redécouvrir la joie d’être ce que Dieu nous donne d’être.
Se réjouir de ce qu’est l’autre, de ce qu’il fait de beau, de ce qu’il vit de grand. Se réjouir de ce que je suis, de ce que Dieu m’a donné. Retrouver la joie en laissant Dieu m’ouvrir les yeux. M’accueillir tel que je suis. Cesser de convoiter. Vivre enfin ! 
P. Pierre Alain LEJEUNE


mercredi 28 mai 2014

Que veut dire cette fête de la disparition du Christ, de son Ascension ?



Les apparitions du ressuscité comportent toutes les mêmes éléments : chaque fois le Christ apparaît de manière inattendue ; chaque fois, c'est lui qui a l'initiative ; chaque fois la chose est si soudaine qu'on ne le reconnaît pas : on le prend pour un fantôme, un jardinier, un inconnu, chaque fois on nous parle du doute des disciples. Le corps du Christ ressuscité est étrange puisqu'il apparaît toutes portes étant closes et on ne reconnaît son corps qu'au moment où sa manifestation est reliée à des actes ou des paroles  d'avant la Pâques : il appelle par le nom comme avant, il permet la pêche miraculeuse comme avant. C'est bien le même : il a sur lui les plaies de la passion.
Dans l'épisode des disciples d'Emmaüs le Christ va être reconnu grâce à d'autres indices : l'explication des Écritures et la fraction du pain mais dès qu'il est reconnu vivant sa manifestation physique disparaît. Il y aura dans le nouveau testament une autre apparition du Christ ressuscité après la Pentecôte à Paul sur le chemin de Damas. La manifestation physique de la présence du Christ ne se fait ici que par une voix et une grande lumière ; une voix dans laquelle le Christ s'identifie aux chrétiens persécutés. Et Paul ne reconnaîtra pleinement le Christ que lorsque Ananie le baptisera : c'est à dire par son entrée  l'Église et le signe sacramentel qui l'accompagne ; à ce moment des écailles tomberont de yeux. Il n'y a plus à voir que l'Église : présence corporelle du Christ.
Les différents récits nous montrent un effacement progressif de la manifestation physique du Christ. Pourquoi cela ?
Après sa mort Jésus est apparu pendant un temps assez court mais suffisant pour que les apôtres découvrent que Jésus est  bien vivant ; c'est bien lui : sa manifestation physique sert d'indice, d'indicateur de cette présence qui se continue après la mort ; mais le plus important est cette présence : dés qu'elle est reconnue l'indice, l'apparition, le panneau indicateur disparaît. Il n'y a plus besoin du panneau indicateur puisque "Je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin des temps."
A chacun d'entre nous cette présence est accessible. Jésus est venu établir une relation nouvelle entre Dieu et l'homme, une nouvelle alliance, il est venu faire corps avec chacun d'entre nous et plus particulièrement avec ceux qui sont persécutés, avec les pauvres. Oui  il est bon qu'il s'en aille comme il le dit dans l'Evangile ; il est bon que son corps physique disparaisse pour qu'apparaisse cette extraordinaire nouvelle qu'il est avec chacun, qu'il est en chacun.

Jean ROUET