lundi 28 mai 2012

Faisons la fête

Dieu aime la fête, la jubilation, la joie. Marie aime jubiler, chanter, acclamer le Seigneur. La fête est au cœur du projet de Dieu. Les flammes qui se déposent sur la tête des apôtres, qui entourent Marie en prière, va mettre en leurs cœurs un dynamisme, un souffle à transporter les montagnes…

Dieu aime nos fêtes, il désire que nos assemblées respirent de sa présence, de son enthousiasme, de son amour de la vie et de tous les êtres vivants. L’Esprit, en nos vies, veut crier Abba - Père - et le bénir à la manière de Jésus. Dieu aime les fêtes qui donnent de l’envergure à tous ceux et celles qui y participent, c’est son souci de gloire, d’envergure comme j’aime traduire. Il n’y a rien d’avilissant, rien de factice, rien de trop, rien de mièvre non plus. Il y a un mélange de joie et de paix, une ouverture et un dynamisme qui donne à l’autre toute sa place.

Les fêtes que Dieu aime sont créatives, jubilatoires, elles font exploser la vie. Il y a de la profondeur, de l’intériorité et de la jubilation car elles montent de l’intérieur. Elles révèlent ce que le cœur entend, ce que à quoi le cœur consent et la danse est belle et le rire éclate sans assourdir.

Quelles fêtes aimons-nous ? Celles qui se terminent en beuveries mortelles de bord de Garonne ? Celles qui nécessitent de centaines de policiers pour éviter les excès ? Celles qui conduisent à violenter l’autre ? Nos fêtes sont trop souvent sans lendemain sinon de migraine. Elles sont trop le reflet de l’absence de sens de nos vies. L’angoisse y affleurent. Le miroir d’eau reflète trop les brumes de nos ennuis que l’on saoule le plus vite possible comme pour les noyer.

 Dieu a envie que nous fassions de belles fêtes ! Que l’Esprit fasse de nous des artisans de la fête de Dieu qui fait jubiler le cœur des hommes !

 Jean ROUET

mercredi 1 février 2012

Entre dans la joie !


« Entre dans la joie ! » Cette invitation du maître vient en nos cœurs comme la prière qu’il est juste et bon de prononcer en ce jour. Elle nous permet de vivre ce passage dans la mort au terme de cette belle vie fructueuse comme le passage de la mort à la vie puisque en ces jours se révèlent à nos yeux les bontés de Dieu dans l’existence de Pierre Grenié, dit Peio par les proches. Le père Grenié c’est le sens de la famille, c’est un regard, c’est un compagnonnage.
« Je remercie le Seigneur pour mon père et ma mère dont la tendresse est à l’origine de ma joie de tous les jours, pour ma sœur lumière de ma vie, pour les foyers de mes frères, pour l’amitié affectueuse de mes neveux et nièces. La famille a été pour moi le lieu de mon épanouissement ; ma famille au sens le plus plein car je pense à ces innombrables cousins dont certains ont été si proches… » Écrit-il dans son testament spirituel à Belloc le 27 aout 1976 à l‘issu d’une retraite spirituelle. Comment mieux dire cette dimension qui le rendait si famille, si familier à beaucoup ? Beaucoup croyaient qu’il était totalement basque mais il est né à Bordeaux et baptisé dans cette même basilique où, en ce jour, nous prions pour qu’il entre dans la plénitude du Christ. Educateur et professeur, il dut s’occuper de plusieurs séminaires et, à Saint Maurice comme à Saint Louis de Gonzague, c’est de cet esprit familial qu’il imprégna ses maisons. Les relations fidèles, de longues années après, disent l’empreinte laissée. C’est bien aussi de cet esprit qu’il nous régalait à la table de l’évêque, vendredi après vendredi jusqu’en 2010 avant celle de « Ma Maison ».
Oui, il s’est bien occupé de sa maison et des maisons qui lui ont été confiées : entre dans la joie de la maison du Père !
En comparant la photo de son visage alors qu’il avait environ trente-cinq ans et celle prise lors de son arrivé à « Ma maison », vous remarquerez que la seule chose qui n’a pas bougé c’est le regard. Nous y retrouvons le sourire, la malice, la bienveillance. Tout le reste de sa physionomie est marquée par l’histoire mais ces qualités premières restent bien présentes. Doué d’une prodigieuse mémoire et d’une observation intelligente et précise des événements, il pouvait être redoutable mais son humour et sa volonté de bienveillance adoucissaient ses traits. La manière dont il demande pardon dans son testament manifeste bien sa clairvoyance et sa bonté : « Je demande pardon à ceux que j’ai déçus ou qui ont eu l’impression d’être jugés... et, plus loin… je demande pardon pour ne pas avoir servi l’Eglise avec un cœur suffisamment désintéressé, trop préoccupé de ma réputation et parfois satisfait d’exercer un pourvoir. » Accueillons une fois encore ce regard si personnel à chacun et qui nous parle aujourd’hui du pardon de Dieu sur nos pauvres vies. Il accompli encore son ministère de prêtre, désiré à 11 ans au jour de la confirmation reçue des mains de Mgr Matthieu évêque de Dax. « L’ordination sacerdotale a comblé ma vie - écrit-il en 1976 - puisqu’elle m’a marqué pour le ministère qui depuis 30 ans est toute ma raison d’être. » Oui, il a donné et reçu le pardon, oui il a été le serviteur du regard miséricordieux de notre maître : entre dans la joie qui est au cœur de Dieu.
Dans la vie de Saint Paul le livre des Actes des Apôtres nous dit « qu’Épaphras lui était un compagnon bien-aimé. » Ce titre de compagnon est bien représentatif de ce que le P. Grenié a vécu avec Mgr Maziers et Mgr Eyt. Il emploie lui-même ce mot dans son testament écrivant : « Je remercie tous ceux qui m’ont aidé et qui ont été de vrais compagnons. » et cette mention, revient à deux reprises dans des termes similaires et dans la même page lui si soucieux de bien écrire, correcteur infatigable de l’Aquitaine. Dans notre mémoire, dans les actes majeurs de notre vie diocésaine, depuis les années 1970, il est associé à l’évêque. Il fut un compagnon amical avec le P. Maziers, il fut un compagnon fraternel et paternel avec le P. Eyt, le veillant, le soutenant jusqu’à la fin. Il était le seul à avoir acquis le diplôme de déchiffreur de l’écriture du P. Maziers. Sa discrétion absolue, ses longues veilles, son sens de l’à-propos lui ont permis ainsi de servir l’Eglise « que j’ai aimé de tout mon cœur », écrit-il. « Je rends grâce pour l’amitié confiante, fraternelle de mon évêque et de son auxiliaire. Ils m’ont associé au travail du conseil épiscopal et, depuis 3 ans, à leur prière quotidienne et à leur table… j’ai conscience de n’avoir pas mérité cette confiance et d’avoir très rarement servi à quelque chose. Je prie pour que l’Esprit du Seigneur leur permette d’accomplir le ministère de communion qui leur a été confié ; je prie aussi pour que les prêtres de Bordeaux prennent conscience de quel amour ils sont aimés ».Dans son ministère auprès de l’évêque, la célébration de la confirmation lui donnait la joie de la rencontre des jeunes, d’échanges personnel avec eux et certains évoquent encore ces rencontres. Compagnon de l’apôtre tel fut donc l’essentiel des charges qu’il a accomplies, mais cette qualité lui a donné beaucoup de compagnon et d’amis, les messages reçus, votre présence en disent l’envergure.
Oui, il a marché avec l’Eglise de son temps, il a donné sa vie pour elle : entre dans la joie de la de la Jérusalem d’en haut.
Finalement c’est sa dernière homélie et je le laisse finir de nous conduire à Dieu : « Tu m’appelleras Seigneur quand tu le voudras… Aujourd’hui, d’un cœur libéré, je te donne ma vie : pour mon évêque et son frère dans l’épiscopat, pour tous les prêtres et les séminaristes, pour l’Eglise qui est à Bordeaux, pour ma famille. » Amen

lundi 26 décembre 2011

Conte de Noël


« Bonsoir », dit l’enfant au monsieur au milieu de l’allée à gauche, assis sur la chaise à l’odeur de paille neuve.

Le Monsieur se dit : « qu’est-ce qu’ils ont encore inventé ? Quand est-ce qu’on va chanter nos anges dans nos campagnes ?»
….

« Qui es-tu ? » dit l’enfant.
« Moi qui pensais ne pas me faire remarquer ! Il y a beaucoup de monde, je croyais passer inaperçu. »

« Où te caches-tu ? » dit l’enfant.

« On ne peut pas faire la trêve ! »
pense le monsieur. « Une bonne petite trêve, pour laisser de côté les ennuis, la crise, les blessures, les peurs, une parenthèse quoi ! »

« Tu as peur ? » dit l’enfant.
« Il commence à me fatiguer les oreilles. Je venais avant le réveillon comme tous les ans. »
(Petit air à l’orgue)

« Bonsoir », dit l’enfant à la dame, qui avait hésité sur le choix du manteau, c’est vrai qu’il fait chaud à Notre Dame.
« Où j’en suis pour l’entrée ? Bon d’accord… ah ! J’ai oublié les petites cuillères.
Tiens cette année, ils n’ont pas mis la vierge de la même façon ! »

«Quand est-ce qu’ils vont arrêter de se parler ? » dit l’enfant.
«C’est curieux, comme ils sont en eux-mêmes.
Ils se plaignent d’avoir des soucis, ils n’arrêtent pas de se les raconter.
Il faudra que j’en parle à mon Père, pour voir ce qu’on peut faire, » dit l’enfant qui ne vivait que de confiance, malgré tous les soucis du monde.»

« Hé Monsieur, hé madame, on peut parler ? On peut se parler ? Je n’ai pas dit de te parler à toi-même, mais entrer en conversation ?”

« Où te caches-tu? » dit le monsieur.
« Au fond de toi » dit l’enfant.

« Qui es-tu ? » dit la dame
« Ton semblable ! » dit l’enfant.

« Bonsoir ! » dit l’enfant à l’enfant.
« Bonsoir » répondit l’enfant à l’enfant.

« Tu veux jouer avec les clochettes ? »
« Chouettes, on va bien s’amuser. »

samedi 24 décembre 2011

Autorisez-vous à faire l’âne avec Dieu !


Etes-vous tendance ? Vous savez que Dieu est désormais tendance au moins selon le Point… On nous l’avait annoncé mort avant de savoir qu’il était malade et voilà qu’il reviendrait à la mode. Pauvres de nous, pauvre de lui.
Mais, ce matin, alors que je confessais dans cette église, une jeune mariée de l’été dernier m’annonçait par SMS qu’ils attendaient un enfant pour le mois d’août, elle était ravie de mettre dans la confidence et moi je ne vous dis pas ! Les mots semblent bien petits pour exprimer la réalité profonde de la parole que cet homme et cette femme ont échangée. Voilà que cet échange donne naissance à quelqu’un, quelqu’un d’autre : magnifique Noël d’ouverture.
Chaque année nous passons ainsi de paroles creuses ou de circonstances, de paroles de bon ton aux paroles fortes qui construisent nos vies, des paroles qui fondent nos existences personnelles familiales, collectives.
Je vous propose en cette nuit d’accueillir la bonne nouvelle de Noël comme cette tentative ultime de Dieu à travers l’histoire humaine de nous adresser une parole vraie, une parole forte, une parole qui fonde nos vies. Dans la lettre aux Hébreux les premiers chrétiens ont ainsi accueilli le mystère de Noël : « Souvent, dans le passé, Dieu a parlé à nos pères par les prophètes sous des formes fragmentaires et variées ; mais, dans les derniers temps, dans ces jours où nous sommes, il nous a parlé par ce Fils qu'il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. »
En cette fête en cette nuit, en ce moment, Dieu nous adresse une parole directe et cette parole c’est son fils né de Marie. Oui « le Verbe c’est fait chair » nous dit l’évangéliste saint Jean. Oui la parole de Dieu prend corps ! Il ne s’agit pas simplement de s’interroger sur l’existence ou la non-existence de Dieu, il s’agit d’accepter le dialogue que Dieu nous propose par la venue de cet enfant, dans ce temps de l’histoire, dans ce lieu précis de notre planète.
La parole, la conversation, la communication voilà qui est tout à la fois humain et divin.
Nos mots engagent, font mal, déroutent, blessent, réjouissent, apaisent, tuent ; on se fait piéger par nos bons mots, notre humour ; on est pris au mot. Quand Dieu prend la parole c’est quelqu’un, c’est Jésus de Nazareth, c’est une parole vraie qui engage l’avenir, une parole qui donne vie, c’est une parole où tout la personne est concernée. Oui, tout l’être de Dieu est concerné par cette parole qu’est l’enfant de la crèche. Les amoureux pressentent cela, le prêtre au jour de son ordination, le religieux ou la religieuse au jour de ses vœux. Chacun de nous, à chaque messe, le croit quand il entend la parole qui engage totalement le Christ dans le corps livré et le sang versé.
Qu’est-ce qu’il nous dit dans cet enfant qui ne peut encore prononcer les mots des hommes :
Dieu n’est pas dangereux, ce Dieu-là n’est pas fauteur de guerre, il n’est pas barbu comme un père Noël, il n’est pas donneur de leçon puisqu’il n’a encore que des vagissements de nourrissons. N’ayez donc aucune peur en vous, parlez à Dieu comme on parle à un enfant.
Dans cette parole qu’est l’enfant Jésus Dieu fait de la faiblesse son point fort, loin de la crèche les images redoutables de la puissance ; renoncez à toute puissance sur vous, sur les autres, il n’y a que la bonté et la beauté qui nous sauvent. Parlez-lui de vos faiblesses il sera en pays de connaissances et marchera avec vous.
Dieu fait éclore la joie dans les marges et non pas au centre de l’empire romain, à l’écart comme pour une confidence, sa naissance n’est proclamée que sur les toits des cieux et non sur les toits du monde. Elle n’est pas éclatante à la Jérusalem et à la Rome de ce temps-là. Ne regardez donc pas au centre des affaires, ne regardez pas votre nombril, regardez aux marges, au marginal, aux marginaux là où la vie se cherche un chemin pour éclore sans bruit. Parlez-lui de vos espérances, il en a pour l’univers entier et pour tous les hommes de bonne volonté.
Nous avons la fâcheuse habitude de nous parler, nous sommes si souvent en conversation avec nous-mêmes, nos pensées font en nous un bruit assourdissant. N’arrêtez pas de penser, ce n’est pas possible, quoiqu’on en dise, mais tourner vos pensées intérieures vers autre chose que vous-mêmes. Tourner vos pensées vers l’hôte intérieur. Finalement c’est nous la crèche ! Mais, si nous sommes la crèche, le lieu de naissance de Dieu, autorisez-vous à faire l’âne avec Dieu : c’est ce que l’on sait faire de mieux. Attention n’essayez pas de braire ça pourrait faire peur à l’enfant ; là dans la crèche, en vous, il a besoin surtout de chaleur humaine, ce lieu est si inhospitalier !
Oui Dieu a besoin de notre chaleur et tant d’être avec lui. Fournissez donc la paille !
Jean ROUET